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TERRAIN D’ENTENTE
Le travail empêché. Mettre un visage sur les chiffres de la pauvreté...
vendredi 17 mars 2017, par Josiane Günther


Rachelle nous rejoint au café des femmes, elle s’efforce de plaisanter comme à son habitude, mais elle semble tendue. Puis elle annonce d’une voix blanche : "Ils ne me prennent pas pour le stage, je n’ai pas le permis de conduire... Ils ont dit que mon CV était parfait !"
Rachelle, nous là connaissons depuis 5 ans. Nous sommes témoins de toutes ses tentatives pour sortir de cette misère qui semble lui coller à la peau. Elle a toujours accepté les "petits boulots", se lever à 4 heures du matin pour commencer le travail à 6 heures, laisser ses enfants seuls à la maison sans aucune solution de relais adulte pour veiller sur eux. Et puis à nouveau elle traverse de longues périodes sans aucune proposition de travail. Avec des conséquences en chaîne : des périodes de fin de droit, un compte en banque négatif, des dettes qui s’accumulent... Ce travail conditionne aujourd’hui tous les accès aux droits et à un salaire.
Cette fois-ci, elle avait su se rendre disponible du jour pour le lendemain. Elle avait participé à 15 jours d’information pour pouvoir prétendre à postuler pour une formation d’aide à domicile. Mais... Elle n’a pas le permis de conduire... C’est bien trop cher pour elle ! Et puis comment pourrait-elle acquérir une voiture, assumer les frais d’assurance, d’essence... ?

Aujourd’hui le travail concerne ceux qui sont en capacité d’assumer tous ces frais, ceux qui ne connaissent pas encore cette misère intenable qui interdit tout. Rachelle a trois enfants, ils ne partent jamais en vacances.
Aujourd’hui, pour beaucoup, il s’agit de consacrer son énergie à se rendre employable tout en y parvenant de moins en moins. Ce temps de non emploi qui pourrait être libéré pour réaliser autrement, avec d’autres, des activités bénéfiques à l’ensemble, est rendu impossible. Une injonction à ce que chacun se rende employable mobilise tout un secteur du travail social. Elle interdit toute créativité, elle isole toujours plus les uns des autres, elle oppose chacun. C’est la lutte des places...

Notre monde est marchandisé, tout est estimé en terme de coût, de dépense, de profit et d’investissement. Mais nous ne savons pas compter, nous ne savons pas prendre la mesure de l’impact de ces situations d’impasses permanentes dans lesquelles sont confrontées les familles les plus pauvres. L’impact pour toutes ces vies qui ne peuvent pas se réaliser.
En fait c’est un coût inestimable. Il est chargé de tous ces enfants qui n’ont plus de perspective d’avenir, qui souffrent à l’école parce qu’ils ne trouvent pas leur place. Qui souffrent à l’école parce qu’ils ne peuvent pas se reconnaître dans cette culture toute lisse, dans ce sanctuaire qui ne cherche pas à s’ouvrir à la réalité du quotidien de ces familles. Une école qui ne reconnaît pas tous les savoirs transmis dans chaque famille. Des enfants qui se confrontent, tout au long de leur scolarité à un conflit de loyauté qui ne les rend pas disponibles aux apprentissages de l’école. La plupart échouent, et la plupart estiment que c’est parce qu’ils n’ont "pas de cerveau"...
Ce coût est chargé de tous ces adultes dont les démarches permanentes pour "tenir" financièrement toutes les charges, pour trouver un logement moins dégradé et vivre dans un environnement social moins violent, pour envisager un avenir meilleur... échouent sans cesse. Des adultes condamnés à un destin de classe qui condamne leurs enfants à cette misère qui produit des frustrations permanentes, fruit des inégalités et de l’injustice.

Et pourtant, dans tous les discours véhiculés par les médias, il semble que le bien-être de l’Enfant soit une préoccupation permanente. Nous sommes à l’ère de la Pédagogie Non Violente. Une floraison de "bons bouquins" inonde les kiosques pour nous transmettre les bonnes conduites et apprendre à accorder à l’Enfant toute la place nécessaire à son plein épanouissement, à son expression. On y aborde toutes les questions incontournables pour se rapprocher au mieux de cet idéal, l’écoute empathique, mais également l’apprentissage de la frustration...
La frustration, c’est le quotidien des enfants des milieux populaires. La frustration est éducative pour certains mais pour ceux-là, c’est une démonstration permanente de la place qui ne leur est pas accordée dans cette société. Ils n’ont droit à rien en dehors de cette école qui ne sait pas les accueillir. L’éducation Non Violente pour les uns, les violences institutionnelles qui dégradent en permanence les conditions de vie, pour tous les autres.

Comment estimer ce coût sinon en témoignant, en mettant un visage sur les chiffres de la pauvreté, en évoquant ces parcours de vie brisée ?
En évoquant également toutes les tentatives de ces collectifs d’entraide et de solidarités qui s’efforcent de transformer ces situations d’injustice et de violence.
Terrain d’Entente à St Etienne est témoin, et victime également, de toutes ces frustrations, de toutes ces injustices, de toutes ces violences.
Depuis bientôt 6 ans, avec les habitants, les familles, les enfants du quartier de Tarentaize, nous allons à contre-courant, nous créons des espaces pour rendre possible l’expression et l’action. C’est un combat permanent. Nous nous affrontons au quotidien au système de priorité. La priorité est aux parents qui travaillent pour faire garder les enfants, pour avoir une place à la cantine. La priorité est au centre de loisir pour réserver un gymnase, pour bénéficier d’une activité sportive avec des moniteurs de la ville.

Nous nous battons avec bien souvent l’énergie du désespoir, et nous arrivons parfois à gagner un peu plus d’espace : des espaces d’expression pour les enfants (théâtre, peinture, ateliers écriture, émission de radio à partir du mois de Mars...), des espaces pour réaliser des projets avec les adultes.
Parce que les pédagogues sociaux sont eux aussi centrés sur les questions du bien-être de l’enfant et de sa famille. Et nous savons que ce qui aide le plus les enfants à se développer de façon harmonieuse, au maximum de leur potentiel, c’est de pouvoir évoluer dans un climat de sécurité. Ce n’est pas forcement d’avoir des parents "compétents" en matière éducative (une compétence d’ailleurs toujours normalisée), mais surtout d’avoir des modèles d’adultes en capacité à se mobiliser avec d’autres pour régler des problèmes concrets, pour être partie prenante dans les affaires qui les concernent. Qui nous concernent tous.
Mais nos petites avancées font sans cesse ressortir l’immensité des besoins jamais satisfaits.
Malgré leur condition de vie indigne, nombreux sont les adultes qui savent se mobiliser, s’organiser avec d’autres. Mais toute cette énergie n’est pas suffisante pour créer les conditions d’une vie meilleure.
Il est incontournable aujourd’hui de mettre en évidence que chaque adulte contribue concrètement à la construction d’actions utiles à la société et que chaque adulte doit recevoir un salaire digne qui reconnaisse ce travail indispensable.

Pour l’association Terrain d’Entente
Josiane GUNTHER




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