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Islamophobie : comment en sortir ?

En sortir par le haut...

dimanche 28 mars 2004, par Gérard Di Cicco

A l’évidence, le corps démocratique est malade. Des maux étranges et des mots terribles le traversent, qui font monter sa tension et sa fièvre. Des virus surgis de toutes parts le menacent : racismes, exclusions, discriminations, intolérance. Et d’autres, avec des noms barbares : islamophobie, judéophobie. Et, qui sait, pour bientôt : démocratophobie voire altérophobie ?
Les remèdes existent pourtant : certains remontent au tout début du siècle précédent ; 1905 plus précisément. Ne serait-il pas temps de les réactiver et de les réinjecter à doses massives dans ce grand corps malade ? Avant que celui-ci ne succombe, phagocyté par des maladies hélas bien connues comme la peste brune ou le choléra colérique...

Un nouveau terme est apparu dans le vocabulaire des forums et débats : islamophobie.
À mon sens, l’emploi de ce terme m’apparaît sinon dangereux tout au moins contre-productif.
Il ne faut pas nier, et ce serait naïf de ma part, qu’il y a actuellement une certaine défiance, voire plus, de la part de certains milieux et d’une partie de la population à l’endroit de la religion musulmane et de l’islam.
Je ne vais pas exposer ici les origines et les causes de cette défiance. Elles sont connues de tous et défraient la regrettable chronique des discriminations en tous genres perpétrées dans ce « pays des droits de l’homme » que devrait être la France.
Constatons d’abord que ce pays, ainsi que l’ensemble de la communauté européenne, sont sérieusement ébranlés dans leurs fondements mêmes soit par des faits extérieurs, soit par une crise reconnue et patente des valeurs qui les ont jusqu’ici fondés.
Le diagnostic effectué, et pour ne pas en rester à un constat à déplorer et qui ne fait avancer en rien le problème, il reste, sinon à proposer des solutions toutes faites - ce qui n’est l’apanage de personne, aussi éclairé soit-il - il reste donc à proposer des pistes, des amorces de réflexion, avec humilité mais obstination, comme toujours. En voici quelques-unes, en forme d’éléments à débattre et suivis, comme à chaque fois, d’une multitude de points d’interrogations.
La vérité, s’il y en a une, ne pouvant surgir non d’un puits, aussi profond soit-il, mais de la confrontation d’idées venues d’horizons divers et variés.

• Élaboration d’un CODE DE LA LAICITÉ : « l’affaire du voile » l’a bien montré :
on ne peut répondre au coup par coup à des problèmes réels vécus au quotidien dans tel ou tel endroit du territoire. D’où l’impérative nécessité de s’interroger sur les pratiques actuelles par rapport aux religions dans la société civile. Lancer un véritable débat national qui aboutirait dans les deux Assemblées, où il serait codifié (avec possibilité de l’amender pour le faire évoluer avec la société civile) pour définir ou redéfinir avec clarté et précision, dans le cadre structurant et ouvert de la laïcité, quels doivent être les rapports entre les religions et la société civile.
Bien évidemment, toutes les autorités religieuses ET non-croyantes seraient conviées à l’élaboration en commun d’un tel code.

• Mise en place, dans chaque préfecture ou autre administration, d’une « Cellule de Laïcité » ( nom provisoire) qui serait chargée de traiter au quotidien tous les problèmes rencontrés dans le cadre de discriminations avérées ou autres avatars. Cette « cellule » aurait également un rôle formateur et pédagogique, et pas seulement un rôle de sanction.

• Désignation de « Médiateurs Laïques » à qui tout citoyen pourrait s’adresser soit pour des explications, soit pour régler « à l’amiable » des cas avérés de racisme-discriminations-atteintes à la liberté de culte, etc...contraires aux idéaux républicains et laïques ; sans passer forcément par un tribunal.

Rédaction d’un « Manuel Républicain de Laïcité » ( nom provisoire) à diffuser partout et plus spécialement dans les établissements scolaires, dès l’école primaire, pour sensibiliser les futurs citoyens et citoyens tout court.

Le but de tout ceci : Faire de la Laïcité, enfin, un concept vivant et ouvert pour un « VIVRE ENSEMBLE ». Quelque chose de positif, fédérateur et constructeur.