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Père Miguel D’Escoto

Reagan fut le boucher de mon peuple

Retranscription d’une interview radio*

samedi 12 juin 2004

Le père Miguel D’Escoto est un prêtre catholique de Managua, Nicaragua. Il
fut ministre des affaires étrangères du gouvernement sandiniste dans les
années 80.

*Ecouter l’interview de Miguel d’Escoto sur Democracy Now

PERE MIGUEL D’ESCOTO  : "Avant tout, permettez-moi de dire, bien sûr, que
Reagan est maintenant mort, et en ce qui me concerne, j’aimerais n’avoir que
de bonnes choses à dire sur lui. Je ne suis pas insensible aux sentiments de
nombreux états-uniens qui pleurent le président Reagan, mais tandis que je
prie que Dieu, dans sa bonté infinie, lui pardonne d’avoir été le boucher de
mon peuple, pour avoir été le responsable de la mort de quelques 50.000
Nicaraguayens, nous ne pouvons pas, nous ne devons pas oublier les crimes
commis au nom de ce qu’il a osé qualifier de liberté et démocratie.

Peut-être plus que tout autre président US, Reagan a convaincu de nombreuses
personnes à travers le monde que les Etats-Unis étaient un tromperie, un
gros mensonge. Non seulement ce pays n’est pas démocratique, mais en fait le
plus grand ennemi du droit à l’auto-détermination des peuples. Reagan était
connu comme le "grand communicateur", et je pense que c’est vrai si on croit
qu’être un communicateur signifie être un grand menteur. Ce qu’il était sans
aucun doute. Il pouvait proférer les plus grands mensonges sans sourciller.
A l’entendre affirmer que nous étions soi-disant en train de persécuter les
Juifs et que nous faisions brûler des synagogues qui n’existaient même pas,
j’ai fini par croire que Reagan était possédé par des démons. Franchement,
je crois réellement que Reagan à l’époque, tout comme Bush aujourd’hui,
était possédé par le démon du destin manifeste.

Bien entendu, en disant cela je suis conscient que les gens du Projet Pour
Un Nouveau Siècle Américain, par exemple, considèrent pour leur part que sa
mort constitue une grande perte.

A cause de Reagan, et de son héritier spirituel George W. Bush, le monde aujourd’hui est bien plus dangereux qu’il ne l’a jamais été.
En fait, Reagan était un hors-la-loi international. Il accéda à la
présidence peu de temps après que Somoza, le dictateur imposé par les
Etats-Unis au Nicaragua pendant près d’un demi-siècle, ait été renversé par
des nationalistes nicaraguayens menés par le Front de Libération Sandiniste.
Pour Reagan, le Nicaragua devait être reconquis.

Il reprochait à Carter d’avoir perdu le Nicaragua, comme si le Nicaragua
appartenait à quelqu’un d’autre qu’au peuple Nicaraguayen. Et ce fut la
début de cette guerre inventée par Reagan, la guerre des Contras, au sujet
de laquelle il n’a pas arrêté de mentir au peuple, rendant le peuple états-unien un des peuples les plus ignorants de la terre. J’ai dit ignorant, pas bête. Mais le peuple le plus ignorant de la terre sur la politique étrangère des Etats-Unis. Les
gens n’ont aucune idée... s’ils avaient la moindre idée, ils se
révolteraient.

Ainsi, il a menti au peuple, comme Bush ment au peuple, menant leur
politique comme si les Etats-Unis étaient au-dessus de toutes les lois,
humaines ou divines. Alors nous avons traîné les Etats-Unis, les Etats-Unis
de Reagan, devant la Cour Internationale. J’étais ministre des affaires
étrangères du Nicaragua à l’époque. Et le gouvernement des Etats-Unis reçut
la condamnation la plus sévère jamais prononcée dans l’histoire de la
Justice internationale. Les Etats-Unis, depuis le début des années 20,
proclamaient au monde entier qu’une des preuves de leur supériorité morale
était justement leur respect des lois internationales et leur respect des
décisions de la Cour Internationale. Le Nicaragua les a trainé devant la
Cour Internationale et les Etats-Unis ont été condamnés à une peine que les
Etats-Unis refusent toujours de payer. Ils doivent à présent au Nicaragua
entre 20 et 30 milliards de dollars... Les dégâts provoqués au Nicaragua par
la guerre de Reagan à l’époque où nous avons quitté le pouvoir était de plus
de 17 milliards de dollars, et ça c’était selon les estimations très
modérées, des gens de la commission économique sur l’Amérique latine des
nations unies, de l’université de Howard et d’Oxford, de l’université de
Paris, qui composaient pour l’essentiel l’équipe chargée d’effectuer
l’estimation. Les Etats-Unis furent ordonnés de payer pour les dégâts
provoqués. Bush n’a jamais accepté de me parler sur ce sujet. J’ai dit
"alors rencontrons nous pour que vous puissiez exécuter la sentence de la
Cour." Il m’a répondu par écrit à deux reprises qu’il n’y avait rien à
discuter.

Alors Reagan a endommagé le Nicaragua au-delà de l’imagination de ceux qui
m’entendent aujourd’hui. Les conséquences de ces interventions meurtrières
et criminelles dans mon pays se ressentiront encore dans 50 ans ou plus."

Transmis par Cuba Solidarity Project